L'arrivée du général GALE

(commandant de la 6th Airborne) 

 

  Le Major Charles Strafford bien connu des habitants de Ranville, qui servit comme officier d'état major sous les ordres du général Gale nous autorise à publier ici de large extrait d'un article intitulé : "Deus Ex Machina ou le général débarque des cieux" qu'il écrivit avec le témoignage du général, qu'il connaissait très bien, concernant son arrivée en Normandie.

 

Le général parle : "Les premiers à décoller sont les soldats du coup-de-main sur les ponts de Bénouville et la compagnie indépendante de parachutistes pour baliser les zones d'atterrissage. Le débarquement avait commencé. La lune brillait cette nuit là. Le ciel était dégagé. Les gros avions accéléraient pour quitter les pistes en vrombissant. C'était alors le tour des deux brigades de parachutistes accompagnés par des soldats du génie. Enfin c'était à nous, mon planeur avait le chiffre 70".

 

Le planeur était chargé d'une jeep et de deux motocyclettes pliantes; accompagnaient le général 11 officiers et soldats du proche entourage, aide de camp, chauffeur, soldat des transmissions...

 

Il reprends "On portait tous des ceintures de sauvetage. Une fois monté dans le planeur, on a mis la ceinture de sécurité et on attendait la secousse indiquant qu'on s'élançait sur la piste. Le sifflement caractéristique du courant d'air accompagnait notre montée dans l'obscurité. Je dors profondément pendant presque une heure."

 

La traversé de la Manche qui doit durer presqu'une heure et demie est assez agitée entraînant la rupture du câble reliant le planeur à l'avion remorqueur. A l'arrivée sur la côte française le planeur est soumis comme les autres aux féroces prétentions de la défense allemande.

 

Le général donne son impression à l'arrivée sur la zone : "Au travers des nuages je distingue le canal et l'Orne, le clair de lune nous boude, le ciel se couvre mais nous arrivons. L'avion remorqueur largue le planeur qui découvre de nouvelles sensations Du coup plus de sifflement, plus de bruit, nous planons glorieusement et descendons en hélice. Nous nous donnons le bras autour du corps pour pallier le choc de l'atterrissage ou d'un crash. Un bruit inimaginable comme nous plongeons presque à pic, puis soudain on arrive sur un chaume terrible. Nous fonçons à travers le champ et nous rentrons bruyamment dans un talus, la roue d'atterrissage défonce le plancher, une aile touche une asperge de Rommel".

 

Il est 03h30 la force des 72 planeurs arrive avec fracas sur la zone de posé déblayée par les hommes du génie et du 13th Parachute Btn au Nord de Ranville. L'atmosphère est un mélange de silence, de coups de mitrailleuses et de bruit d'atterrissage de planeur. La mauvaise posture du planeur du général empêche de sortir la jeep, alors Gale décide de rejoindre Ranville à pied.

 

Comme tout lui semble calme, il ne peux s'empêcher de penser: "C'est bizarre. Ou est l'ennemi ? Est-il toujours dans Ranville ? Avons nous saisi les ponts ? Que deviennent Otway et son bataillon à la batterie de Merville ?". En cours de chemin il fait une rencontre inattendue : "Un bruit de l'autre côté du chemin, un drôle de bruit, des allemands ? Nous la fermons, nous attendons, c'est en fin de compte un cheval qui broute tranquillement sans attention particulière aux scènes guerrières qui se déroulent autour de lui. Je prends la corde que j'ai autour de la taille, elle me sert de longe pour conduire la bête à mon P.C., je n'ai pas idée de ce que je pouvais faire d'un cheval. Ce geste fit pouffer de rires les soldats et m'amusa. Hélas! les allemands l'ont tué le lendemain avec un mortier". Le cheval n'était donc pas arrivé dans le planeur comme on a pu le lire dans certaines publications.

 

Le détachement de commandement arriva à la lueur du jour au château prévu pour installer l'état major de la division. Le premier contact avec les propiétaires des lieux l'impressionne : "Nous frappons à la porte, les pauvres gens n'ont aucune idée de la vérité. En plus, pour comble de mystère, les allemands font, cette même nuit, des manoeuvres contre un débarquement, les gens ont peur. Comment savoir si nous faisons un exercice militaire ? Ou si c'est le débarquement si longtemps espéré ? Allons nous disparaître ? Les allemands vont-ils revenir ? Si oui ça va coûter cher de nous héberger. Cependant ils n'ont pas hésité. Nous autres anglais, nous n'avons qu'à leur offrir toute notre admiration avec une gratitude gigantesque".

 

Le général Nigel Poett, commandant la 5th brigade parachutiste, rendit compte au général : de la prise des ponts avec toutefois de violants accrochages sur la rive Ouest du canal, Ranville aux mains des parachutistes, le 13th bataillon avancant vers Hérouvillette, le 12th bataillon tenant le terrain au Sud de Ranville. "Notre planning semble réussir" déclara-t-il.

 

Ainsi se déroula l'arrivée du général à Ranville, il garda une immense reconnaissance à la population pour le chaleureux accueil et l'aide qu'elle apporta aux hommes de sa division, une fois l'effet de méfiance des premiers jours passé.