Le Mur de l'Atlantique

Fortifications modernes

Le Mur de l'Atlantique dans le Trégor-Goëlo.

Par Michel GUILLOU

(extrait de Trégor mémoire vivante N°5, revue de la Fédération Trégor Patrimoines)

Nous avons tous rencontrés, lors de nos promenades sur le littoral Trégorois, ces immenses cubes de béton que l'on nomme blockhaus, témoins d'une période douloureuse de notre histoire. Beaucoup d'entre eux sont aujourd'hui recouverts d'une végétation très dense qui dissimule ces cicatrices de notre paysage, d'autres sont parfois habités par quelques marginaux. Certains servent, parait-il, de refuge pour les colonies de chauves-souris où elles retrouvent une atmosphère particulière pour leur hibernation.

Cet immense chapelet de fortifications constitue les vestiges du célèbre Mur de l'Atlantique édifié par les allemands lors du dernier conflit mondial. Ce rempart, symbole du passage d'une stratégie offensive à la défensive, devait empêcher tout retour des troupes du "monde libre" sur le continent et garantir la défense de l'empire allemand pour... mille ans, du moins le prétendait la propagande allemande.

La présente étude s'attachera à présenter la conception physique du dispositif allant de Plouézec à Plestin les Grèves, sa construction engendra de nombreux problèmes annexes qui eurent la plupart du temps des conséquences fâcheuses sur la vie économique locale : pillage des matières premières, réquisition de main d'oeuvre et des transports, sabotage, bombardements, etc. L'importance de ces conséquences nécessite de consacrer une analyse complète à part, dans un prochain numéro de la revue.

Définissons d'abord ce que représente le terme mur de l'Atlantique . Il s'agissait d'un ensemble hétérogène de dispositifs, le plus souvent meurtriés, destiné à empêcher, ou du moins à gêner considérablement, une force de débarquement voulant prendre pieds sur le rivage côtier s'étendant de la Norvège à l'Espagne . La structure générale de l'ensemble envisagé sur la fin du conflit - qui sera dans la pratique très loin de la théorie et des espérances - rappelle la structure d'un chapelet, une ligne ponctué plus ou moins régulièrement de points fortifiés. Le " Mur " concernait également la défense des points stratégiques comme les aérodromes, bases sous-marines, ports de guerre ainsi que les grandes stations de détection radar. La zone côtière était décrètée zone interdite pour toutes personnes n'ayant aucune raison de s'y trouver (à l'exeption des médecins, habitants, travailleurs des chantiers de construction, etc.) ; la possession d'un laissez-passer y était obligatoire.

Une génèse lente et controversée

Paradoxalement les ouvrages qui constitueront l'ossature du "Mur" étaient des éléments du dispositif offensif construit pour l'invasion de l'Angleterre, en 1940-41, par les troupes allemandes : batteries du Nord Pas de Calais, aérodrome (dont Lannion), ports, etc. En Bretagne la construction des forteresses de St Malo, Brest, Lorient, St Nazaire débutait dès 1940 peu après l'arrivée des troupes d'occupation.

Quelques jours avant l'invasion de la Russie par ses troupes, Hitler, fort de son intuition de liquider le front de l'est en quelques mois, ne manquera pas de mentionner dans sa directive N° 32 du 11 juin 1941 : " Après l'écrasement des forces soviétiques; l'Allemagne et l'Italie domineront militairement le continent européen [...]. Tout danger d'attaque sérieuse par terre du secteur européen cessera d'exister ". La chute de l'Angleterre étant présumée acquise il n'était même pas fait mention d'une menace d'attaque par mer.

Le prolongement de la campagne de Russie - l'échec de la guerre éclair - mettront un bémol important à cette affirmation, de plus l'entrée en guerre de l'Amérique aux cotés de l'Angleterre apportait une nouvelle donne à l'ouest. Elle entraîna la rédaction d'ordres nouveaux pour la défense de la côte Atlantique qui furent confirmés par la célèbre directive N° 40 du 23 mars 1942. Pour mener à bien ce programme, la construction de 15 000 ouvrages était planifiée ; 4 000 ouvrages principaux, 1 000 emplacements renforcés, 10 000 petits points d'appuis. Un ordre d'urgence des zones à fortifier fut établi : bases sous-marines, ports, îles, la côte dans la région du Pas-de-Calais (zone présumée du futur débarquement allié). Le raid de Dieppe, en août 42 conforta les allemands dans leur idée de construire d'immenses places fortes autour des ports; on mesurera en 1944 les conséquences d'un tel entêtement avec le choix de la Normandie par les alliés, pour le débarquement . D'autre part, les rivalités, les conceptions différentes dans l'emplacement et la réalisation des ouvrages entre l'armée de terre et la marine freinaient le processus de construction.

Ce sera en fait Rommel qui insufflera une nouvelle dynamique pour une construction plus linéaire du "Mur" lors de sa nomination à l'inspection des fortifications en octobre 1943. Il effectuera cinq inspections sur le rivage des Côtes du Nord de novembre 43 à avril 44, lors de son deuxième passage il pensait que cette côte ne pouvait faire l'objet de débarquements importants mais pouvait être utilisée pour de petites opérations. En effet en novembre 1942 un groupe de commandos anglais avait attaqué la station sémaphore de Plouézec , opération ponctuelle destinée à semer le trouble chez l'adversaire, elle restera unique car les services secrets anglais préféraient utiliser la Bretagne pour la dépose et la récupération des agents par vedettes rapides en évitant une fortification intensive du rivage.

Le fameux "Mur"

La disposition optimale de cette fortification, en juin 44, était la suivante en partant de la mer : une ligne défensive de mines maritimes classiques, à dépressions ou magnétiques, sur les plages des obstacles sous marins découvrant à marée basse, mines dites " casse-noisettes ", pieux minés, blocs de béton, tétraèdres en fer dit "hérissons tchèques, grilles métalliques. Sur la terre ferme : une imposante ceinture de fils barbelés, un important mur ou fossé antichar, champs de mines, chicanes sur les voies donnant accès aux plages, ouvrages bétonnés contenant mitrailleuses, petits canons antichars et canons antiaériens; lance-flammes, fosses de pétrole, fortification systématique de toutes habitations se trouvant près du rivage. Plus à l'intérieur des terres : grosses batteries d'artillerie de l'armée de terre, les champs suceptibles de servir de zone de posé pour les planeurs et les parachutistes étaient recouvert de petits tas de pierres ou de pieux minés dits " asperges de Rommel " reliés par du fil de fer . Chaque point fortifié était relié au suivant par un réseau souterrain de câbles de transmission.

En fait dans le Trégor ce schéma restera très théorique, le mur de l'Atlantique en Bretagne se concentrant sur les places fortes qu'étaient les ports et les bases sous-marines.

Le dispositif Trégorois

Cette étude se propose de donner une vue d'ensemble du dispositif et de quelques types de construction et non une description détaillée des quelques 150 ouvrages qui furent contruits , enfouis sous une végétation très dense pour la plupart.

Ce secteur dépendait, pour la construction, de l'autorité du groupe III/9 de la Festung Pionner Stab 9 qui couvrait les 180 kilomètres de côte s'étalant de St Brieuc à Cléder, le commandement était implanté à Plouaret, ce groupe dépendait de la XIXème région de génie de forteresse .

L'ossature du dispositif étudié reposait sur les deux pôles : Lézardrieux-Paimpol, qui avait rang de groupe de points d'appui, et Lannion-Ploumanach; c'était les deux premiers dispositifs du nord du département mis en chantier. La piste en herbe de l'aérodrome de Lannion intéressait l'aviation allemande en pleine effervescence pour l'invasion de l'Angleterre, il s'agissait là d'une construction à but offensif, du moins jusqu'en 1942. Les incessantes incursions des bombardiers alliés sur les ports et les bases sous-marines avaient amené les allemands à construire sur le rivage nord de la Bretagne des stations de détection radar, celle de Ploumanach surveillait en particulier le couloir menant à Lorient.

La réa du Trieux, immense plan d'eau abrité, ne pouvait laisser indifférent le haut commandement naval. Avec le port et la baie de Paimpol elle représentait une zone permanente de mouillage et de protection de premier choix pour les navires de la Kriegsmarine, la marine allemande, patrouillant dans la Manche.

La ligne de défense joignant les deux positions sera très partiellement développée du fait de sa construction assez tardive fin 43 début 44, le relief très découpé et rocheux de la côte - sauf quelques zones particulières - n'entraînait pas une urgence particulière de construction .

Au 25 juin 1944, 754 ouvrages dont 66 en construction équipaient les 450 km de côtes reliant Avranches à Cléder, 335 pièces pouvaient recevoir canons ou mitrailleuses, 88 km de plages sur les 136 km projetés étaient protégées par 29 334 pieux en bois, 4 092 pieux en béton et 10 195 mines . Dans ce cadre la physionomie du dispositif Trégor-Goëlo était la suivante en partant de Plouha .

Secteur Plouha-Ploubazlanec

Il comprenait 54 ouvrages dont 15 en construction pour une longueur de côte de 43 km, 38 pièces pouvaient recevoir un canon, un canon antiaérien, un canon antichar ou une mitrailleuse; sur les 54 ouvrages 53 étaient destinés à l'Armée de Terre. Le dispositif d'obstacles sur les plages réprésentait une longueur de 13 km de protection, soit 30% de la côte à protéger.

- Plage du Palus : une casemate pour canon de 50 mm, quelques emplacements de mitrailleuses. - Port de Bréhec : une petite casemate pour canon de 50 mm reliée par un souterrain à un observatoire en haut de la falaise, quelques emplacements de mitrailleuses. - Pointe de Bilfot : recevait l'emplacement du poste de tir (télémètre, radar, projecteur) de la batterie sur voie ferrée de Plounez, une casemate pour canon de 75 mm, emplacements pour mitrailleuses, canons de DCA et lance-flammes, importante ceinture de barbelés et mines. - Pointe de Guilben : importante fortification avec casemate pour canon de 105 mm, plusieurs casemates pour canons de plus faible calibre, nombreux blockhaus pour le personnel, mines et barbelés recouvraient la pointe. - Plounez-Paimpol : très importante batterie équipée de quatre gros canons sur voie ferrée de 203 mm (portée 37 km), de nombreux blockhaus équipaient le site pour la protection des munitions et du personnel, un important réseau de barbelés entourait l'ensemble - véritable camp retranché. - Pointe de l'Arcouest : poste de tir secondaire de la batterie de Plounez, il avait un dispositif similaire à celui de la pointe de Bilfot.

Groupe de points d'appui de Lézardrieux (Ploubazlanec-Pleumeur Gautier)

Il était constitué de 36 ouvrages dont 3 en construction - conséquence d'une fortification bien avancée - pour une longueur de côte de 27 km, 23 pièces pouvaient recevoir un canon, un canon antiaérien, un canon antichar ou une arme automatique; les 36 ouvrages étaient destinés à l'Armée de Terre. Le dispositif d'obstacles sur les plages réprésentait une longueur de 1,5 km de protection, soit 5% de la côte à protéger.

- Bréhat : quatre emplacements pour canons de DCA près du Rosédo. - Ile à Bois : importante zone fortifiée, deux casemates pour canons de 105 mm, quatre positions pour petits canons, une trentaines d'emplacements pour mitrailleuses, plusieurs positions de DCA, de nombreux ouvrages pour le personnel ainsi que divers obstacles de plage dans les alentours. - Rives du Trieux : batterie de Landeby pour quatre canons de 155 mm, nombreuses positions de DCA près de Coz Castel et Bodic, quelques ouvrages et lance-flammes sur le port de Loguivy de la Mer, ballons de protection contre les avions. - Pleubian : le sémaphore de Créac'h Maout abritait un observatoire avec radar, une casemate pour canon de 105 mm et des emplacements de mitrailleuses pour protéger l'ensemble. - Pleumeur Gautier : batterie de l'Enfer pour quatre canons de 155 mm.

Secteur Pleumeur Gautier-Plestin les Grèves

Formé de 108 ouvrages dont 23 en construction pour une longueur de côte de 117 km, 46 pièces pouvaient recevoir un canon, un canon antiaérien, un canon antichar ou une mitrailleuse; sur les 108 ouvrages 61 étaient destinés à l'Armée de Terre, 2 à la Marine, 45 à l'Armée de l'Air - la présence de l'aérodrome de Lannion et des radars de Ploumanach. Le dispositif d'obstacles sur les plages réprésentait une longueur de 27 km de protection, soit 20 % de la côte à protéger.

- Entrée du Jaudy : un canon de 75 mm protégeait la rivière, plusieurs ouvrages étaient en construction au moment du débarquement. - Port Blanc : nombreuses obstructions de plage, mur antichar , champs de mines sur toute la côte ; quelques positions de mitrailleuses et petits canons défendaient le port. - Trestel : obstacles de plage, mines barbelés ainsi qu'une casemate pour canon de 75 mm qui assuraient la protection de la plage. - Port l'Epine : de nombreux ouvrages sur cette pointe permettaient la défense de l'entrée du port de Perros Guirec. - Perros guirec : quelques casemates au Linkin protégeaient le port en coordination avec le point fortifié de Port l'Epine, obstacles de plages à Trestraou et Trestignel ainsi que des casemates de flanquement aux extémités des deux plages (dont une construite dans le rocher à la pointe du Château), important centre de détection à La Clarté (Mez Gouez) avec quatre radars et de nombreux ouvrages pour le personnel. La protection du site était assuré par six emplacements de DCA, un réseau de barbelés avec champs de mines et tranchées. Le sémaphore de Ploumanach était équipé d'un radar et de quelques ouvrages de protection, encore visible depuis le point de vue. - Trégastel : onze ouvrages, principalement pour des mitrailleuses et du personnel, équipaient la pointe près de la Grève Blanche, la plupart sont aujourd'hui dans des propriétés privées. - Landrellec : une grosse casemate, isolée sur le bord de mer, était équipé d'un canon de 77 mm bien qu'elle puisse recevoir une arme de calibre 155 mm. - Ile Grande : un gros ouvrage, dissimulé dans une propriété boisée, similaire à celui de Landrellec assurait avec celui-ci la fermeture de la baie Ile Grande-Landrellec, plusieurs ouvrages souterrains abritaient le personnel. Un faux terrain d'aviation avec avions en bois ainsi qu'un bateau factice sur l'Ile Losquet servaient pour l'entraînement des pilotes allemands . La zone nord-ouest recevait mines, barbelés, obstacles de plage et quelques ouvrages pour petits canons et armes automatiques. - Lannion : un aérodrome que protégeait une importante DCA avec des canons de 88 mm répartis dans les alentours à Creachmeur particulièrement, on remarquera encore quelques emplacements dans un champ sur la route de Lannion à Trégastel. - Trébeurden : obstacles de plage, mines avec un important mur antichar, deux abris construis dans la roche à la pointe du Bihit abritaient des canons de 77 mm; quelques emplacements pour mitrailleuses sont visibles sur le sentier entourant la pointe. - Beg Leguer : quatre positions fixe de DCA (canons de 40 mm) et un canon mobile de 88 mm de DCA avec blockhaus annexes pour le personnel ; plusieurs ouvrages sont encore apparents. - Locquémeau : une casemate étanche... aux gaz abritait un canon de 47 mm jumelé avec une mitrailleuse, l'ensemble fermait, avec la position de Beg Léguer, l'entrée du Léguer. - Plestin les Grèves : de très nombreux obstacles, mur antichar, mines, barbelés recouvraient la plage propice à un débarquement. De chaque côté du dispositif plusieurs casemates de flanquement abritaient des canons et armes automatiques balayant la plage, deux de ces ouvrages étaient construits dans le roc du Grand Rocher. Les villas du bord de mer étaient renforcées par des parois en béton. Quelques ouvrages subsistent à la vue des promeneurs. A Ploumilliau se trouvait la batterie du Clandy avec deux casemates pour canons.

Les ouvrages du Trégor-Goëlo étaient très standards et peu diversifiés, on retrouve quatre schémas classiques de construction : les casemates pour batteries de l'armée de terre allemande, les casemates pour canons de petit calibre sur les flancs des plages propices à recevoir un débarquement, le tobrouk, sorte d'abri individuel en béton protégant en général une mitrailleuse et l'encuvement pour canon antiaérien (DCA).

Les casemates pour batteries d'artillerie de l'armée de terre

C'était l'ouvrage typique de l'artillerie côtière de la Heer, l'armée de terre allemande, référencé sous l'appellation : type 612, casemate pour canon de campagne sans locaux annexes. Chaque batterie était théoriquement composée de quatre ouvrages qui abritaient habituellement un canon de marque Skoda de calibre 155 mm . L'ouvrage avait une forme cubique avec les angles arrondis, la surface au sol d'une telle construction était de l'ordre de 150 m2, le niveau de protection dans notre région était de catégorie B, c'est à dire une épaisseur de 2 m pour les murs et la dalle (il y avait quatre niveaux : E, A, B, B1 le plus faible) ; l'armature en fer comprenait environ 50 kg de fers ronds de 12 mm par m3 de béton.

La batterie de Pleumeur Gautier (22)

L'ouverture frontale de 2,50 m sur 3 m permettait un angle de tir de 80° au maximum. La protection de cette fenêtre, lors de l'inutilisation du canon, était assuré par deux portes en fer, ou le plus souvent, par manque de matériaux, par des madriers en bois. Dans une utilisation en flanquement - c'était le cas à Landrellec et à l'Ile Grande - l'avant de l'ouvrage recevait un mur en aile qui protégait la fenêtre de tir coté mer. L'arrière de l'ouvrage contenait deux niches à munitions pouvant stocker 100 à 200 obus suivant le calibre du canon.

Son schéma de construction différent ainsi que le choix de son emplacement l'opposait à son homologue de la marine , elle traduisait les conceptions contradictoires des deux armées, pour l'armée de terre la protection des ouvrages des tirs directs provenant des navires imposait le positionnement des batteries à l'intérieur des terre, quatre à cinq kilomètres du rivage (bien souvent la moitié de la portée de tir de l'arme), avec la nécessité évidente de prévoir des observatoires sur la côte pour règler le tir tandis que la marine préconisait la mise en place de ses ouvrages directement en bord de mer pour augmenter l'efficacité des canons.

Notre secteur comptait deux ouvrages isolés (Landrellec et Ile Grande) et trois sites plus important.

La batterie de Landeby en Plounez, visible de la route joignant le Varcouest au Cleuziat depuis l'arasement des talus situés à proximité ; malheureusement elles furent souvent utilisées comme dépotoire donc pas très agréable à la visite. Les quatres ouvrages, construis fin 43, étaient disposés en éventail pour assurer la couverture de la baie de Paimpol. Deux ouvrages montrent encore les séquelles d'un bombardement.

La batterie de l'Enfer à Pleumeur Gautier (à l'est du bourg) est resté dans un état de conservation parfaite et très facile d'accès pour la visite des ouvrages. Deux ouvrages étaient orientés vers l'estuaire du Trieux et les deux autres vers l'estuaire du Jaudy. Elle fut terminée peu de temps avant le débarquement et ne reçut jamais les canons prévus.

La batterie du Clandy Ploumilliau composée uniquement de deux casemates bien conservées extérieurement mais difficilement visibles et accessibles de la route ; elles sont situées près du château d'eau sur la voie Ploumilliau-Bégard. Quelques ouvrages pour mitrailleuses protégeaient l'ensemble destiné à tirer sur la plage de St Michel.

Les casemates de flanquement de plage

Casemate de type 667 que l'on trouvait généralement à chaque extrémité des plages. Plusieurs spécimens sont encore visibles à St Efflam, Trestel, Plouha. Celui situé, dans une propriété privée, sur le côté du sentier longeant le centre nautique de Plestin Les Grèves ainsi que celui de la plage du Palus à Plouha - habilement transformé en cave par le restaurateur voisin - donnent un bon aperçu de l'aspect extérieur : cube de 6,40 m de côté dont l'épaisseur des murs était dissymétrique : 2,10 m pour le mur le plus exposé contre 1,50 pour l'autre. Une chicane à droite, gênant un assaillant droitier (selon le même principe que l'escalier des châteaux forts du moyen âge), protégeait l'entrée.

Arrière d'une casemate de type 667 à St Efflam (22)

Une visite dans celui situé à droite de la grande plage de Trestel - sans danger si ce n'est l'escalade de quelques rochers pour entrer par la fenêtre de tir - vous donnera une exellente vision du champ de tir, très restreint environ 60°, que pouvait avoir ce genre d'ouvrage placé dans une position de défense de plage. L'avancée en béton sur l'avant était chargée de protéger la fenêtre des tirs provenant de la mer.

Avant d'une casemate de type 667 à Trestel (22)

L'abri individuel bétonné

Très souvent désigné sous le nom de " tobrouk ", c'était l'ouvrage le plus petit et le plus courant sur la côte, sur le bord des sentiers de douaniers en général , qui devait assurer la protection d'une arme automatique et de ses servants : mitrailleuse en général, mais il existait aussi des tobrouks pour lance-grenades et pour lance-flammes.

Tobrouk à St Egarec (29)

L'arme était placée sur une ouverture circulaire percée dans la dalle, un petit local de protection pour deux hommes complétait l'ouvrage. L'épaisseur des murs du bloc était de 0,50 m, l'accès se faisait par une entrée sur le coté protégé des tirs directs de " l'envahisseur " - pour la majorité des cas il s'agissait des tirs provenant de la mer, direction présumée de l'attaque.

L'encuvement pour canon anti aérien

Ouvrage principalement concentré sur les rives du Trieux et autour de l'aérodrome de Lannion, il reste un exemplaire très facile d'accès et bien conservé qui se trouve sur un petit promontoire de la pointe de Beg Léguer à gauche de la plage de Mez An Aod. L'ouvrage, d'une dizaine de mètres de diamètre environ avec des parois de 50 cm d'épaisseur environ, avait la forme d'une cuve à ciel ouvert qui permettait la rotation du canon sur 360°, la ceinture en béton protégeant l'armement en quelque sorte. Plusieurs alvéoles, dans la ceinture, permettaient de stocker et protéger les munitions ainsi que de fournir un abri aux servants de la pièce. Plusieurs ouvrages : abris du personnel et des munitions, protections pour projecteurs, abris pour groupes électrogènes, organes de défense terrestre, assuraient la logistique pour les pièces de la batterie de DCA.

Divers

Un autre ouvrage également rencontré sur notre rivage est le mur antichar , systématiquement érigé devant toute plage pouvant recevoir un débarquement. Il reste encore quelques éléments à Port Blanc et à St Efflam. La structure du mur était constituée de béton et de galets ou cailloux provenant du rivage limitrophe.

Mur anti-char à Port Blanc (22)

La batterie sur voie ferrée de Paimpol avait, en plus des ouvrages standards pour les munitions et le personnel, quatre immenses cuves en béton pouvant contenir les plateformes supportant les canons d'un calibre de 203 mm. Chaque cuve, raccordée à la voie ferrée Paimpol-Guingamp, avait une structure tournante qui permettait la rotation de l'élément ferroviaire sur 360°.

Conclusion

Le recul du temps nous montre une fois de plus, que toute fortification moderne, aussi importante soit-elle et à fortiori sur un espace aussi immense, n'arrêtera jamais un envahisseur. Il suffit de se rappeler de la ligne Maginot, de la ligne Siegfried, du fort d'Eben-Emael et plus récemment de la guerre du golfe pour en être convaincu. On est très souvent frappé par la disproportion entre le cubage de béton utilisé et la puissance de la pièce protégée.

Le mur de l'Atlantique, pour important qu'il fût, aura incontestablement gêné les troupes chargées de l'assaut mais n'aurait certainement pas, de part sa conception même, empêché la reconquête de l'Europe par les alliés - par manque de temps les allemands avaient conçu le mur en fonction de la nature des côtes et de l'arrière pays ainsi qu'en estimant les endroits probables d'attaque, les alliés ne manquèrent pas d'exploiter ces faiblesses.

Avertissement

L'auteur rappelle le danger que représente la visite de ces vestiges. De nombreux ouvrages recèlent encore, 50 ans après, de nombreux pièges ou munitions qui pourraient entraîner la mort. Il est donc prudent de s'abstenir, surtout pour les enfants, de toute exploration dans les casemates et souterrains du mur de l'Atlantique.

Sources

Service Historique de la Marine et de l'Armée de Terre (Château de Vincennes) : Cartons II DOC 2, II DOC 3, II DOC 9 et classeurs photos affectés à chacun de ces cartons. " Le mur de l'Atlantique " par le Capitaine de Vaisseau Delpuech dans la revue Marine Nationale.

Lignes aériennes et câbles allemands en Bretagne. Etude par l'ingénieur en chef des PTT Rouault parue dans la revue des transmissions.

Analyse et traduction de divers documents allemands par Monsieur Yvon Hervé.

Photos : Michel Guillou

Bibliographie

Collier (Richard), La guerre secrète du mur de l'Atlantique, Presses de la Cité, 1958.

Gamelin (Paul), Le mur de l'Atlantique, blockhaus de l'illusoire, Daniel éditeur, Paris, 1974.

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Sternjfelt (Bertil), Alerte sur le mur de l'Atlantique, Presses de la Cité, 1961.

Trevor-Roper (H.R.), Hitler-Directives de guerre, Arthaud, 1965.

Vulliez (Capt A.), Analyse des conférences navales du Fuehrer, Les grandes éditions françaises, 1949.

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