Le Conservatoire National des Arts et Métiers (CNAM)

Une formation originale depuis 1820 pour préparer le diplôme d'ingénieur

Un bref historique de cette formation continue...

"OMNES DOCET" (il enseigne à tous)

L'initiative de l'abbé Grégoire, les débuts

Le 10 octobre 1794 (19 vendémiaire an III de la République), la convention, sur proposition de l'abbé Grégoire, député, crée le Conservatoire des Arts et Métiers le terme national viendra bien plus tard) avec pour objectif de diffuser largement l'innovation technologique, et mettre les savoirs à la portée du plus grand nombre :"Eclairer l'ignorance... Augmenter la somme des connaissances et le nombre des connaisseurs". Le CNAM s'installera au prieuré Saint Martin des Champs à Paris le 2 avril 1799.

Une ordonnance royale du 25 novembre 1819 donnera au CNAM le caractère d'une "haute école d'application des connaissances scientifiques au commerce et à l'industrie". L'enseignement sera "gratuit et public pour l'application des sciences aux arts industriels". Les trois premières chaires seront : économie industrielle, mécanique appliquée aux arts, chimie appliquée aux arts. Les cours commencèrent le 2 décembre 1820. Avant ces cours le CNAM ouvrit deux petite écoles : une école de dessin de 1799 (officialisée le 16 mai 1806) au 3 décembre 1874, et, une école de filature du 20 juin 1804 au 27 juin 1814.

La philosophie de l'enseignement est la diffusion de la connaissance : le "foyer" rayonne librement la connaissance créée ou rassemblée et mise en forme par un professeur. Initialement fixés en début d'après midi, les cours sont rapidement reportés le soir pour permettre aux ouvriers et aux artisans de les suivre (à cette époque, les personnes fortunées n'avaient pas beaucoup d'intérêt pour la technique). Toutefois les cours seront rétablis l'après midi de 1825 à 1828, les cours étant jugés subversifs pour les "masses laborieuses" par Charles X. Un arrêté du 19 janvier 1854 demande au professeur d'assurer deux cours par semaine du 1er novembre au 30 avril, la durée de chaque cours ne devant pas dépasser une heure trente. Des pratiques encore en vigueur aujourd'hui.

Les premiers diplômes

En 1848, il y a 10 chaires enseignées au CNAM, en 1882, 18 chaires, en 1950 40 chaires. Vers 1862, environ 1800 auditeurs se pressent chaque soir dans les amphithéâtres. Mais vers 1900, l'assistance aux cours a rapidement diminué car l'enseignement au CNAM ne conduisait à aucun diplôme "monnayable" (de 200 auditeurs environ pour chaque cours en 1880 celui-ci passera à 80 au début du siècle). Toutefois, la question d'un enseignement cohérent avec délivrance d'un diplôme avait été évoqué en 1842 par Morin, le 14 novembre 1846 par Wolowski mais elle fut reprise en 1902 par Chandèze par la délivrance de certificats annuels : chaque professeur organisait à la fin du dernier cours, un examen pour accorder une attestation. Les diplômes, instaurés en 1905 et "sanctionnant au moins deux cours tendant à un même but industriel ou professionnel", lorsqu'on les demande, sont délivrés par l'administrateur du CNAM qui vérifie la conformité de la liste des attestations possédées avec une liste type (14 diplômés par an en 1910, 20 en 1930, 30 en 1950).

Le diplôme d'ingénieur

En 1919 fut instauré des séances payantes à nombre de places limité. En 1922, le 8 août, est créé un diplôme "d'ingénieur du Conservatoire" par une décision ministérielle, ce diplôme pouvait comporter 14 spécifications différentes. Plus tard, la loi du 10 juillet 1934 réglementera la formation des ingénieurs. Roger Cazaud fut le premier ingénieur CNAM en 1924, il sera un précurseur par ses travaux sur la fatigue des matériaux. En 1935, sont créés au sein du CNAM des instituts des sciences appliqués qui délivrent également des diplômes en fonctionnant sur le modèle traditionnel des écoles. Le Conservatoire présente donc deux modèles d'enseignement opposés.

A la fin de 1939, il y a 85 ingénieurs issus du CNAM, le 100ème diplômé arrivera en 1944.

D'autre part, du 6 novembre 1963 à 1972, le CNAM lança un système de cours sur le réseau de la télévision pour éviter le gaspillage de temps que représentait la venue des auditeurs aux amphithéâtres de la rue Saint Martin depuis leur lieu de travail.

L'évolution de la formation continue depuis le début des années 50 a redonné de la vigueur à l'enseignement magistral du CNAM dont la particularité est qu'il est dispensé hors temps ouvrable. De nombreux auditeurs sont également séduit par la formation continue dite "offensive" qui doit aboutir à l'obtention d'un diplôme, ce qui vaudra souvent au Conservatoire l'appellation "d'université de la seconde chance". Un décret du 17 juillet 1984 déclare le CNAM grand établissement public participant à la mission de l'enseignement supérieur, il participe également à la recherche fondamentale et appliquée.

En 1952, il y a la création de Centre régionaux associés (CRA) qui deviendront autonome financièrement à partir de 1982. Il y eu une tentative après 1820 par Charles Dupin de diffuser ses cours en province par l'intermédiaire de ses camarades polytechniciens implantés dans l'industrie provinciale, mais cette tentative ne dura pas. Aujourd'hui, le CNAM, avec près de 100 000 auditeurs répartis entre Paris et les centres associés, forme environ 750 ingénieurs par an (13000 ingénieurs étant sortis des centres de formation du CNAM depuis sa création).

Un laboratoire de Métrologie

Dans son histoire, le CNAM a également abrité de 1848 à 1878 le Laboratoire de Métrologie qui se consacra à la métrologie fondamentale, l'étalonnage et les essais industriels. Le Laboratoire National d'Essais sera implanté au CNAM de 1901 à mars 1978, chargé d'activités métrologiques et de contrôle de routine. Aujourd'hui, l'Institut national de métrologie (INM), créé en 1969 et rattaché au Conservatoire, est l'un des cinq laboratoires sur lesquels repose la métrologie française. Le CNAM accueillera également, de 1900 à octobre 1919, l'Office des brevets (celui-ci deviendra plus tard l'Office national de la propriété industrielle puis en 1951 l'INPI).

Dans la loi du 10 octobre 1794 créant le Conservatoire des arts et métiers, l'une des missions confiée au nouvel organisme était de conserver les machines, modèles, outils, dessins, descriptions et livres utiles aux arts et métiers. La collection ainsi recueillie au fil des ans a engendré un musée exposant de façon traditionnelle les pièces jugées intéressantes, cette exposition permanente d'une partie des objets fut mise en place en 1852 dans la chapelle du prieuré par Henri Tresca. Le Musée rénové après d'importants travaux doit rouvrir à la fin de 1998.

La bibliothèque

La bibliothèque du CNAM est installée depuis 1851 dans l'ancien réfectoire du Prieuré Saint-Martin-des-Champs. Toutes les sciences et les techniques, particulièrement dans leurs applications industrielles y sont représentées, à l'exception des disciplines strictement littéraires et de la médecine. Elle possède un fond particulièrement important dans l'histoire des sciences et des techniques. Elle conserve également certains fonds spéciaux portant sur la métrologie, l'histoire de la construction, la facture d'orgue, l'électricité, les expositions universelles. En quelques chiffres c'est : 150 000 ouvrages, dont 8 000 antérieurs à 1800, 13 500 mémoires d'ingénieurs CNAM, 3 500 périodiques.

Quelques associations d'élèves

En 1919, une Association des élèves et Anciens Elèves du CNAM avait été fondée. Cette association perdit toutefois, peu à peu, de son dynamisme. C'est ainsi que naquit en octobre 1923 (les statuts furent déposés le 23 décembre 1923) la Société des Ingénieurs, Elèves diplômés brevetés et Techniciens supérieurs du Conservatoire National des Arts et Métiers. Ces deux associations fusionnèrent en 1928 et devinrent la Société des Anciens Elèves et Ingénieurs CNAM.

En 1930, il y avait une trentaine d'ingénieurs CNAM. Le 12 juin 1930 naissait l'Association Amicale des Ingénieurs CNAM pour former un groupement homogène d'ingénieurs et assurer la défense du titre (la composition de l'association de 1928 étant trop hétérogène pour assurer de tels objectifs). Finalement, cette association changea de nom pour devenir l'Union des Ingénieurs CNAM le 21 août 1933. L'association arrêtera toute activité durant la seconde guerre mondiale. En 1981, cette Union deviendra l'UNICNAM.

 

Quelques chiffres (nombre de diplômés et d'auditeurs)

14 diplômés en 1910, 20 en 1930. Le CNAM forme 28 ingénieurs avant la deuxième guerre mondiale (variation entre 3 et 9 ingénieurs par an dont 2 à 4 pour la Métallurgie et la mécanique industrielle). En 1950, on atteint 30 diplômés (tous diplômes) dans l'année, en 1961 on atteint plus de 100 diplômés par an. En 1994, 781 diplômes d'ingénieur (dont 126 dans les instituts du CNAM) seront délivrés. Il y a environ 70 ingénieurs du CNAM sur la zone industrielle.

En 1943, 14 000 auditeurs fréquentent le Conservatoire, en 1994 ils seront 100 000 auditeurs (dont 44 000 dans les centres associés). .

Sources :

Annuaire de l'UNICNAM

Un Conservatoire pour les Arts et Métiers par Alain Mercher chez Découvertes Gallimard

Le Conservatoire National des Arts et Métiers, Vers le XXIè siècle par Michel Yves Bernard chez Eyrolles

Les pionniers, période héroique (1920-1945), par Félix Barbas (promotion 1926) édité par l'UNICNAM

 

Le site de l'UNICNAM

L'association des ingénieurs du CNAM Bretagne et Pays de Loire UNICNAM

Connaissez vous le site du CNAM ?

Le CNAM est aussi un merveilleux Musée des Sciences et Techniques

Un excellent site sur l'Abbé Grégoire